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Bois mort
Le bois mort désigne les branches, troncs, souches et bûches qui ne sont plus vivants et se décomposent lentement, au sol ou sur pied. Longtemps évacué par réflexe de propreté, il constitue en réalité un habitat à part entière. On parle d'organismes saproxyliques pour désigner les espèces qui en dépendent : champignons lignivores, larves de coléoptères comme le lucane ou la cétoine, cloportes, mille-pattes, et toute la microfaune qui les accompagne. Son rôle est double. Il ferme le cycle de la matière : en se décomposant, il restitue au sol carbone et minéraux, et alimente l'humus. Il nourrit aussi tout un étage supérieur, puisque les larves qu'il abrite finissent dans le bec des mésanges et des pics, ou dans la gueule du hérisson. Les interstices, écorces décollées et cavités servent enfin d'abri à l'orvet, au crapaud et à des abeilles solitaires qui pondent dans les galeries anciennes.
Au jardin, deux dispositifs se complètent. Un tas de branchages dans un coin ombragé et frais convient aux décomposeurs et aux petits vertébrés ; quelques bûches dressées et à demi enterrées dans une zone ensoleillée attirent plutôt les insectes xylophages. Préférez le feuillu au résineux, et gardez les plus gros diamètres dont vous disposez : une grosse bûche traverse plusieurs générations d'insectes là où un fagot de brindilles disparaît en une saison. Laissez si possible une souche en place au lieu de la dessoucher.
Deux précautions suffisent. Évitez d'entasser du bois porteur de maladies, chancre ou pourriture, à proximité de cultures ou d'arbres sensibles. Et ne plaquez pas de bois humide contre une structure en bois de votre jardin — pergola, bardage, carré potager — que l'humidité permanente et les champignons lignivores finiraient par gagner. Un tas posé à même la terre, à l'écart des constructions, ne pose en revanche aucun problème : c'est précisément le contact avec le sol qui amorce la décomposition et fait venir la faune.
Trois bûches de feuillu dressées et à demi enterrées dans un coin ensoleillé sont, au bout de deux ou trois ans, colonisées par des larves de coléoptères et des abeilles solitaires.